Mémoire d'Ulysse. Récits sur la frontière en Grèce ancienne

François Hartog

Language: French

Pages: 310

ISBN: 2:00293368

Format: PDF / Kindle (mobi) / ePub


Au commencement, il y a Ulysse, celui qui a tout vu, jusqu'aux confins des confins. D'autres le suivent, se réclamant de lui, voyageurs effectifs ou fictifs, nous emmenant en Égypte, au cœur de la Grèce, à Rome ou autour du monde. Jamais aucun ne s'intéresse vraiment aux sagesses étrangères, pour elles-mêmes, dans leur contexte, dans la langue qui les expriment. Leur voyage est à l'image de l'Odyssée, dont Emmanuel Levinas disait qu'elle ne fut qu'un retour à l'île natale - une complaisance dans le Même, une méconnaissance de l'Autre.

Pourtant, ces voyages instillent le doute sur les accomplissements des Grecs, quand se découvre la sagesse égyptienne, ou que triomphe Rome, maîtresse de l'univers. C'est que, première société au monde à décider que la loi ne sera pas reçue des Dieux, mais élaborée par les hommes, la cité grecque, en s'instituant, a inventé l'histoire. L'histoire qui mesure l'apport des Grecs à ceux des autres civilisations : en disant l'autre, en le visitant, les Grecs s'interrogent, s'affirment, se posent ou doutent d'eux-mêmes, tout en demeurant, jusque dans la comparaison, les maîtres du jeu.

Ambassadeurs de certitudes ou colporteurs de doutes, les voyageurs, ces hommes-frontières, expriment toujours l'inquiétude d'une identité tremblée, avec, récurrente, la question : qui sommes-nous, les Grecs ?

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Les vaisseaux d'Énée labourent une mer déjà parcourue, reconnue par les vers homériques. Mais le mouvement général n'est-il pas l'inverse ? Alors qu'Ulysse ne veut que revenir jusqu'à Ithaque, laissant Troie enfin détruite, Énée quitte Troie en flammes pour n'y plus revenir. L'Énéide n'offre-t-elle pas l'exemple même d'un voyage sans retour, même si tout le récit est tendu vers la fondation d'une nouvelle Troie ? Où et comment ? Tout est là. C'est le récit d'une colonisation forcée : périr ou s'enfuir, s'enfuir pour que Troie ne périsse pas ?

Pausanias, lui, s'est trouvé perpétuellement exposé à la multiplicité et à la variabilité des mêmes récits. Ou bien il relève des différences d'un auteur à l'autre ou bien il note des écarts entre ce qu'il a lu chez tel ou tel et ce qu'il entend ici et là. � Les récits des Grecs diffèrent le plus souvent, tout particulièrement en matière de généalogies144. » Mais ce constat n'implique pas le projet de réduire les différences ou de choisir entre les variantes. Son livre (désigné comme suggraphê) tend, au contraire, à prendre acte de cette diversité : le voyageur procède de division (moira) en division145.

IV, p. 131-132. 34 Diogène Laërce, Vie des philosophes, I, 33. Ulysse, lui-même, (Théogonie, 1013) est donné comme père d'un fils nommé Agrios. 35 Ed. Lévy, � Astu et polis dans l'Iliade », Ktêma, 8, 1983, p. 55-73. 36 M. I. Finley, Le monde d'Ulysse, trad. Claude Vernant-Blanc et Monique Alexandre, Paris, Maspero, 1978 ; E. Scheid-Tissinier, Les usages du don chez Homère. Vocabulaire et pratiques, Presses universitaires de Nancy, 1994. 37 A. Ballabriga, Le Soleil et le Tartare. L'image mythique du monde en Grèce ancienne, Paris, Éditions de l'École des hautes études en sciences sociales, 1986.

Bienfaisante ou redoutable, jamais, en tout cas, elle n'hésite à déplacer les frontières sur lesquelles elle exerce son contrôle entre sauvagerie et civilisation124. Symétriquement, quand ces mêmes Arcadiens, décidément bien peu constants et de peu de mémoire, négligent la Déméter noire de Phigalie, elle, en retour, ne modifie pas la nature de l'espace lui-même, mais elle frappe la région de stérilité (akarpia). Ils avaient en effet pratiquement cessé de lui offrir les prémices des récoltes qui lui étaient dues.

181 Plutarque, La Fortune d'Alexandre, 329 C. 182 Ibid. , 329 E-F. 183 Marc Aurèle, Pensées, VIII, 3. 184 Dans ses discours Sur la royauté ; M. -H. Quet, � Rhétorique, culture et politique », Dialogues d'histoire ancienne, 4, 1978, p. 59-62 ; W. Bowersock, Greek Sophists in the Roman Empire, Oxford, 1969, p. 110-112. Mais si Dion met Alexandre en scène à plusieurs reprises, notamment avec Diogène, il n'en fait pas l'incarnation du souverain idéal. 185 Sainte-Croix, Examen critique des anciens historiens, 1804, p.

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